Florilège : L'avare

Publié le par lefrancaispourlesniais

Extrait 1 : Acte I, scène 3, vers 44 à 49
« Harpagon : Attends. Ne m'emportes-tu rien ?
La Flèche : Que vous emporterais-je ?
Harpagon : Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.
La Flèche : Les voilà.
Harpagon : Les autres. »


Extrait 2 : Acte I, scène 3, vers 68 à 97
« La Flèche : La peste soit de l'avarice et des avaricieux !
Harpagon : Comment ? Que dis-tu ?
La Flèche : Ce que je dis ?
Harpagon : Oui : qu'est-ce que tu dis de l'avarice et des avaricieux ?
La Flèche : Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux !
Harpagon : De qui veux-tu parler ?
La Flèche : Des avaricieux.
Harpagon : Et qui sont ces avaricieux ?
La Flèche : Des vilains et des ladres.
Harpagon : Mais qui est-ce que tu entends par là ?
La Flèche : De quoi vous mettez-vous en peine ?
Harpagon : Je me mets en peine de ce qu'il faut.
La Flèche : Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous ?
Harpagon : Je crois ce que je crois ; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.
La Flèche : Je parle... je parle à mon bonnet.
Harpagon : Et moi, je pourrais bien parler à ta barrette.
La Flèche : M'empêcherez-vous de maudire les avaricieux ?
Harpagon : Non ; mais je t'empêcherai de jaser et d'être insolent. Tais-toi.
La Flèche : Je ne nomme personne.
Harpagon : Je te rosserai, si tu parles.
La Flèche : Qui se sent morveux, qu'il se mouche.
Harpagon : Te tairais-tu ?
La Flèche : Oui, malgré moi. »


Extrait 3 : Acte I, scène 4, vers 117 à 157
« Harpagon : […] avez-vous vu, dites-moi, une jeune personne appelée Mariane, qui ne loge pas loin d'ici ?
Cléante : Oui, mon père.
Harpagon : Et vous ?
Elise : J'en ai ouï parler.
Harpagon : Comment, mon fils, trouvez-vous cette fille ?
Cléante : Une fort charmante personne.
Harpagon : Sa physionomie ?
Cléante : Toute honnête, et pleine d'esprit.
Harpagon : Son air et sa manière ?
Cléante : Admirables, sans doute.
Harpagon : Ne croyez-vous pas qu'une fille comme cela mériterait assez que l'on songeât à elle ?
Cléante : Oui, mon père.
Harpagon : Que ce serait un parti souhaitable ?
Cléante : Très souhaitable.
Harpagon : Qu'elle a toute la mine de faire un bon ménage ?
Cléante : Sans doute.
Harpagon : Et qu'un mari aurait satisfaction avec elle ?
Cléante : Assurément.
Harpagon : Il y a une difficulté : c'est que j'ai peur qu'il n'y ait pas avec elle tout le bien qu'on pourrait prétendre.
Cléante : Ah ! mon père, le bien n'est pas considérable, lorsqu'il est question d'épouser une honnête personne.
Harpagon : Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Mais ce qu'il y a à dire, c'est que si l'on n'y trouve pas tout le bien qu'on
souhaite, on peut tâcher de regarder cela sur autre chose.
Cléante : Cela s'entend.
Harpagon : Enfin je suis bien aise de vous voir dans mes sentiments ; car son maintien honnête et sa douceur m'ont
gagné l'âme, et je suis résolu de l'épouser, pourvu que j'y trouve quelque bien.
Cléante : Euh ?
Harpagon : Comment ?
Cléante : Vous êtes résolu, dites-vous … ?
Harpagon : D'épouser Mariane. »


Extrait 4 : Acte IV, scène 7
« Harpagon : (il crie au voleur dès le jardin, et vient sans son chapeau) Au voleur ! Au voleur ! Au meurtrier ! Justice,
juste Ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne ne pas courir ? N'est-il point là ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin … (Il se prend lui-même le bras.) Ah ! C'est moi. Mon esprit est troublé, et
j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m'a
privé de toi ; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai
plus que faire au monde : sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus ; je meurs, je suis mort, je
suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ? Que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la
justice, et faire donner la question à toute la maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens
assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu'on parle là ? De celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me
regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part sans doute au vol que l'on m'a m'a fait. Allons vite, des
commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après. »


Extrait 5 : Acte V, scène 6
« Cléante : Ne vous tourmentez point, mon père, et n'accusez personne. J'ai découvert des nouvelles de votre affaire, et
je viens ici pour vous dire que, si vous voulez vous résoudre à me laisser épouser Mariane, votre argent vous sera rendu.
Harpagon : Où est-il ?
Cléante : Ne vous mettez point en peine : il est en lieu dont je réponds, et tout ne dépend que de moi. C'est à vous de
me dire à quoi vous vous déterminez ; et vous pouvez choisir, ou de me donner Mariane, ou de perdre votre cassette.
Harpagon : N'en a-t-on rien ôté ?
Cléante : Rien du tout. Voyez si c'est votre dessein de souscrire à ce mariage, et de joindre votre consentement à celui
de sa mère, qui lui laisse la liberté de faire un choix entre nous deux.
Mariane : Mais vous ne savez pas que ce n'est pas assez que ce consentement, et que le Ciel, avec un frère que vous
voyez, vient de me rendre un père dont vous avez à m'obtenir.
Anselme : Le Ciel, mes enfants, ne me redonne point à vous pour être contraire à vos voeux. Seigneur Harpagon, vous
jugez bien que le choix d'une jeune personne tombera sur le fils plutôt que sur le père. Allons, ne vous faites point dire
ce qu'il n'est pas nécessaire d'entendre, et consultez ainsi que moi à ce double hyménée.
Harpagon : Il faut, pour me donner conseil, que je voie ma cassette.
Cléante : Vous la verrez saine et entière.
Harpagon : Je n'ai point d'argent à donner en mariage à mes enfants.
Anselme : Hé bien ! J'en ai pour eux ; que cela ne vous inquiète point.
Harpagon : Vous obligerez-vous à faire tous les frais de ces deux mariages ?
Anselme : Oui, je m'y oblige : êtes-vous satisfait ?
Harpagon : Oui, pourvu que pour les noces vous me fassiez faire un habit.
Anselme : D'accord. Allons jouir de l'allégresse que ce heureux jour nous présente.
Le Commissaire : Holà ! Messieurs, holà ! Tout doucement, s'il vous plaît : qui me payera mes écritures ?
Harpagon : Nous n'avons que faire de vos écritures.
Le Commissaire : Oui ! mais je ne prétends pas, moi, les avoir faites pour rien.
Harpagon : Pour votre payement (montrant maître Jacques), voilà un homme que je vous donne à pendre.
Maître Jacques : Hélas ! comment faut-il donc faire ? On me donne des coups de bâton pour dire vrai, et on me veut
pendre pour mentir.
Anselme : Seigneur Harpagon, il faut lui pardonner cette imposture.
Harpagon : Vous payerez donc le Commissaire ?
Anselme : Soit. Allons vite faire part de notre joie à votre mère.
Harpagon : Et moi, voir ma chère cassette. »

 

J'ai choisi ces 5 extraits car ils sont révélateurs de l'avarice d'Harpagon, des relations qu'il a avec
ses enfants, ses serviteurs et les étrangers. Ces textes montrent également les différentes humeurs du
personnage tout au long de la pièce.


Le premier extrait montre Harpagon qui est paranoïaque avec son argent. Il croit que tout le
monde veut lui voler sa cassette, que tout le monde s'unit contre lui, donc il veut vérifier que son
serviteur ne soit pas un voleur, il lui demande alors de montrer ses mains puis il dit « les autres »,
en parlant de ses poches, mais il dit « les autres » parce que la peur de perdre son argent le rend
complètement fou.


Le deuxième extrait montre Harpagon se faisant insulter indirectement et ne sachant que dire. Son
serviteur se moque de lui de façon intelligente devant lui, parce qu'il le fouille et au début Harpagon
veut vérifier si c'est de lui qu'il parle mais en posant des questions, La Flèche lui répond en se
moquant de lui de plus en plus directement jusqu'au moment où Harpagon s'énerve et lui demande
de se taire.


Le troisième extrait montre Harpagon amoureux, voulant être flatté. Harpagon pose des questions
qui ne sont pas explicites pour voir s'il peut épouser Mariane, et Cléante croyant que son père veut
que se soit lui qui se marie avec Mariane, répond aux questions de telle sorte que le mariage ait
bien lieu, et au moment où il remarque que son père veut se marier avec elle, il est déjà trop tard, et
il doit trouver un stratagème pour empêcher ce mariage et faire le sien.


Le quatrième extrait montre Harpagon fou après qu'on lui ait volé son argent. Il devient fou car il
ne vit que pour son argent et que sans son argent il n'est rien, il ne peut plus commander ses
serviteurs, il se parle à lui même, croit trouver son voleur mais s'attrape lui même le bras dans sa
confusion et sa folie, demande à des personnes qui ne sont pas là, de lui rendre son argent ou de dire
qui est le voleur. Il pose de multiples questions, il est tellement épris de son argent qu'il le
personnifie, lui parle et est près à tuer et à se tuer s'il le perd.


Le cinquième extrait montre Harpagon préférant son argent à tout le reste. Dans cette scène,
Harpagon devient vraiment l'avare par défaut, préférant sa cassette à l'amour qu'il avait pour
Mariane, préférant faire pendre son serviteur le plus fidèle plutôt que de donner de l'argent au
Commissaire. Mais c'est grâce à son avarice que les autres personnages peuvent montrer leur
gentillesse.


En conclusion, je peux dire qu' Harpagon a évolué pendant la pièce et est passé par différents
stades, paranoïaque, un peu bête, amoureux puis fou, mais toujours en mettant son argent au dessus
de tout, le préférant à ses enfants, à la femme qu'il a aimé, allant même jusqu'à parler de tuer ou de
mourir. Molière a voulu montrer que l'avarice ne peut qu'entrainer la tristesse autour de soi, voire la
folie.

 

CAVAN-PITON Maël

Publié dans Le théâtre comique

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