Réécriture

Publié le par lefrancaispourlesniais

 

Acte IV Scène 3 

 

Titus, Paulin

 

Pièce originale (XVIème siècle)

Réécriture (XXIème siècle)

Titus

 

De la reine, Paulin, flattez l'inquiétude :
Je vais la voir. Je veux un peu de solitude.
Que l'on me laisse.

Paulin, flattez l’inquiétude de la Reine :

Je vais la voir, je veux être seul.

Laissez-moi.

Paulin

 

O ciel ! que je crains ce combat !
Grands dieux, sauvez sa gloire et l'honneur de l'Etat.
Voyons la reine.

Je redoute ce combat !

Mon dieu, sauvez la gloire et l’honneur de l’état !

Allons voir la Reine.

Acte IV Scène 4

 

Titus, seul

 

Eh bien, Titus, que viens−tu faire ?
Bérénice t'attend. Où viens−tu, téméraire ?
Tes adieux sont−ils prêts ? T'es−tu bien consulté ?
Ton coeur te promet−il assez de cruauté ?
Car enfin au combat qui pour toi se prépare
C'est peu d'être constant, il faut être barbare
.
Soutiendrai−je ces yeux dont la douce langueur
Sait si bien découvrir les chemins de mon coeur ?
Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes,
Attachés sur les miens, m'accabler de leurs larmes,

Me souviendrai−je alors de mon triste devoir ?
Pourrai−je dire enfin : "Je ne veux plus vous voir ? "
Je viens percer un coeur que j'adore, qui m'aime ;
Et pourquoi le percer ? Qui l'ordonne ? Moi−même.
Car enfin Rome a−t−elle expliqué ses souhaits ?
L'entendons−nous crier autour de ce palais ?
Vois−je l'Etat penchant au bord du précipice ?
Ne le puis−je sauver que par ce sacrifice ?
Tout se tait, et moi seul, trop prompt à me troubler,
J'avance des malheurs que je puis reculer.
Et qui sait si sensible aux vertus de la reine
Rome ne voudra point l'avouer pour Romaine ?
Rome peut par son choix justifier le mien.
Non, non, encore un coup, ne précipitons rien.

Que Rome avec ses lois mette dans la balance
Tant de pleurs, tant d'amour, tant de persévérance :
Rome sera pour nous... Titus, ouvre les yeux !
Quel air respires−tu ? N'es−tu pas dans ces lieux
Où la haine des rois, avec le lait sucée,
Par crainte ou par amour ne peut être effacée ?
Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.
N'as−tu pas en naissant entendu cette voix ?
Et n'as−tu pas encore oui la renommée
T'annoncer ton devoir jusque dans ton armée ?
Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas,
Ce que Rome en jugeait ne l'entendis−tu pas ?
Faut−il donc tant de fois te le faire redire ?
Ah lâche ! fais l'amour, et renonce à l'empire ;
Au bout de l'univers va, cours te confiner,
Et fais place à des coeurs plus dignes de régner.
Sont−ce là ces projets de grandeur et de gloire
Qui devaient dans les coeurs consacrer ma mémoire ?
Depuis huit jours je règne, et jusques à ce jour
Qu'ai−je fait pour l'honneur ? J'ai tout fait pour l'amour.
D'un temps si précieux quel compte puis−je rendre ?
Où sont ces heureux jours que je faisais attendre ?
Quels pleurs ai−je séchés ? Dans quels yeux satisfaits
Ai−je déjà goûté le fruit de mes bienfaits ?
L'univers a−t−il vu changer ses destinées ?
Sais−je combien le ciel m'a compté de journées ?
Et de ce peu de jours si longtemps attendus,
Ah malheureux ! combien j'en ai déjà perdus !
Ne tardons plus : faisons ce que l'honneur exige ;
Rompons le seul lien...

Titus, que fais-tu ici ?

Bérénice t’attend ! Où es-tu imprudent ?

T’es-tu bien entrainé pour tes adieux ?  

Es-tu assez dur ? 

Pour partir à la guerre

C’est bien d’être endurant mais il ne faut pas faire de sentiment.

Saurai-je résister à de si beaux yeux dont la douceur

Fait battre mon cœur ?  

Quand je verrai son regard si charmeur,

Croiser le mien, rempli de larmes,

Est-ce que je me souviendrai de mon devoir ?

Pourrai-je lui dire « Je ne veux plus vous voir » ?

Je vais surement lui briser le cœur.

A cause de ma seule décision ;

Car la population m’a exprimé son souhait.

Mais elle ne crie pas autour du palais.

 L’Etat est-il dans la pénombre ?

 Je ne peux le sauver qu’en prenant la décision de la quitter.

Je suis moi même prêt a me faire du mal,

Je prévois ce dur instant mais je peux encore le reculer.

Peut-être que, sensible a la gentillesse de la Reine,

Le peuple l’acceptera comme Romaine.

Le peuple peut, par sa décision, changer la mienne.

Non, encore une fois, ne précipitons rien. 

Que le peuple prenne aussi en compte,

Beaucoup de pleurs, d’amour et de persévérance :

Rome nous appartiendra. Titus, reprends-toi ! 

Quelle mouche t’a piqué ? Tu ne serais pas à cet endroit

Où la haine des rois, avec tes principes,

Par crainte ou par amour ne peut pas disparaître ?

Rome jugea Bérénice en pénalisant ses rois.

Ne t’en es-tu pas rendu compte depuis longtemps ?

Tu n’as pas encore entendu le succès

T’annoncer ton devoir même à la guerre ?

Et quand Bérénice arriva,

Tu n’entendis pas ce que ton peuple en pensait ?

Tu as du mal à vouloir le comprendre.

 Choisis plutôt ta vie amoureuse que ton devoir.

Exile-toi,

Et laisse des personnes plus aptes gouverner à ta place.

Mes projets de gloire et de grandeur en sont donc là,

eux qui devait faire connaître mon nom à des générations entières ?

Cela fait seulement huit jours que je règne

Et j’ai tout fait pour l’amour, rien pour l’honneur !

Quel compte pourrais-je rendre d’un temps si précieux ?

Je n’ai pas été à la hauteur des attentes de mon peuple.

Quelles larmes j’ai séchées ? Dans quels regards contents

Ai-je déjà vu de la satisfaction ?

L’univers nous a-t-il vu changer ?

Je ne sais pas combien de temps je vais régner.

Et de ces quelques jours que j’attendais tant,

Combien en ai-je déjà perdu ?

Allons-y ! Payons le prix de l’honneur !

Rompons ce lien…

 

 

 

COLLINET Steven

Publié dans Bérénice de Racine

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