Réécriture

Publié le par lefrancaispourlesniais

ACTE II, Scène 4

 

Bérénice, Titus, Paulin, Phénice

 

Bérénice

 

Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret
De votre solitude interrompt le secret.
Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée
Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée,
Est−il juste, Seigneur, que seule en ce moment
Je demeure sans voix et sans ressentiment ?
Mais, Seigneur (car je sais que cet ami sincère
Du secret de nos coeurs connaît tout le mystère),
Votre deuil est fini, rien n'arrête vos pas,
Vous êtes seul enfin, et ne me cherchez pas !
J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème,
Et ne puis cependant vous entendre vous−même.
Hélas ! plus de repos, Seigneur, et moins d'éclat.
Votre amour ne peut−il paraître qu'au sénat ?
Ah ! Titus ! (car enfin l'amour fuit la contrainte
De tous ces noms que suit le respect et la crainte)
De quel soin votre amour va−t−il s'importuner ?
N'a−t−il que des Etats qu'il me puisse donner ?
Depuis quand croyez−vous que ma grandeur me touche ?
Un soupir, un regard, un mot de votre bouche,
Voilà l'ambition d'un coeur comme le mien.
Voyez−moi plus souvent, et ne me donnez rien.
Tous vos moments sont−ils dévoués à l'empire ?Ce coeur, après huit jours, n'a−t−il rien à me dire ?

Qu'un mot va rassurer mes timides esprits !
Mais parliez−vous de moi quand je vous ai surpris ?
Dans vos secrets discours étais−je intéressée,
Seigneur ? Etais−je au moins présente à la pensée ?

Ne vous vexez pas, si mon indiscrétion

Interrompt le secret de votre solitude.

Alors que votre cour réunie,

Parle entre elle de tout ce que vous m'avez offert,

Est-il possible, Monsieur, que je sois la seule en ce moment

A rester sans voix et sans reconnaissance ?

Mais, Monsieur, (car je sais que vous connaissez le mystère de votre amour)

Votre deuil est fini, vous continuez votre chemin,

Vous êtes seul enfin, et ne cherchez pas à me revoir.

Je comprends que vous m'offrez une couronne,

Et je ne peux cependant vous comprendre.

Malheureusement ! Plus de repos, Monsieur, et moins d'éclat.

Ne pouvez vous aimer que le sénat ?

Ah Titus ! Car enfin l'amour fuit les problèmes de

Tous ces noms, que deviennent le respect et la crainte.

De quel moyen votre amour va-t-il s'embêter ?

Il n'y a que des Etats que vous avez à me proposer ?

Depuis quand croyez-vous que mon statut me touche ?

Un soupir, un regard, un mot de votre part,

Voilà le souhait d'un cœur comme le mien.

Voyez-moi plus souvent et ne me donnez rien.

Tout vos moment sont-ils consacrés à l'empire ?

Après huit jours votre cœur n'a rien à me dire ?

Qu'un mot va rassurer mon esprit rempli de crainte !

Mais vous parliez de moi, quand je vous ai surpris ?

Etais-je concernée dans vos discours secrets,

Monsieur ? J'étais au moins présente dans vos pensées ?

Titus

 

N'en doutez point, Madame, et j'atteste les dieux
Que toujours Bérénice est présente à mes yeux.
L'absence ni le temps, je vous le jure encore,
Ne vous peuvent ravir ce coeur qui vous adore.

Ne vous posez plus de questions, Madame, je prends les dieux en témoins

Vous serez toujours présente à mes yeux.

Ni l'absence, ni le temps je vous le jure encore,

Ne peuvent soulager mon cœur car il vous adore.

Bérénice

 

Hé quoi ? vous me jurez une éternelle ardeur,
Et vous me la jurez avec cette froideur ?
Pourquoi même du ciel attester la puissance ?
Faut−il par des serments vaincre ma défiance ?
Mon coeur ne prétend point, Seigneur, vous démentir,
Et je vous en croirai sur un simple soupir.

Hé quoi ? Vous me jurez une éternelle ardeur,

Et vous me le jurez avec cette froideur ?

Et pourquoi prendre le ciel à témoin

faut-il par des vœux vaincre ma confiance ?

Mon cœur ne prétend pas, Monsieur, que vous me mentez,

Je vous en croirai sur un simple soupir.

Titus

 

Madame...

Madame...

Bérénice

 

Eh bien, Seigneur ? Mais quoi ? sans me répondre,
Vous détournez les yeux et semblez vous confondre !
Ne m'offrirez−vous plus qu'un visage interdit ?
Toujours la mort d'un père occupe votre esprit ?
Rien ne peut−il charmer l'ennui qui vous dévore ?

Hé bien Monsieur ? Mais quoi ? Sans me répondre.

Vous détournez les yeux, et vous semblez vous mélanger !

Vous ne m'offrirai plus qu'un visage interdit ?

La mort de votre père hante toujours votre esprit ?

Rien ne peut charmer la souffrance qui vous ronge ?

Titus

 

Plût au ciel que mon père, hélas ! vécût encore !
Que je vivais heureux !

Qu'il en plaise au ciel, que mon père, malheureusement, soit encore en vie !

Que je vivais heureux !

Bérénice

 

Seigneur, tous ces regrets
De votre piété sont de justes effets.
Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire,
Vous devez d'autres soins à Rome, à votre gloire.
De mon propre intérêt, je n'ose vous parler.
Bérénice autrefois pouvait vous consoler ;
Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée.
De combien de malheurs pour vous persécutée,
Vous ai−je pour un mot sacrifié mes pleurs !
Vous regrettez un père ; hélas ! faibles douleurs !
Et moi (ce souvenir me fait frémir encore),
On voulait m'arracher de tout ce que j'adore ;
Moi, dont vous connaissez le trouble et le tourment
Quand vous ne me quittez que pour quelque moment ;
Moi, qui mourrais le jour qu'on voudrait m'interdire
De vous...

Monsieur, tout ces regrets de votre devotion sont de justes effets :

Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire

Vous devez vous occuper de Rome, à votre gloire :

De mon propre intérêt, je n'ose plus vous parler.

Autrefois, Bérénice pouvait vous consoler.

Avec plus de plaisirs vous m'avez consolé.

Malgré le mal que vous me faites, blessée, je retenais mes larmes

Vous regrettez votre père, malheureusement, faibles douleurs !

Et moi (m'en souvenir me fait encore trembler)

On voulait m'enlever tout ce que j'aime,

Moi, vous connaissez mes peines et mes angoisses

Quand vous me quittez que pour quelques moments,

Moi qui pourrais mourir le jour où l'on m'interdirait

De vous voir.

Titus

 

Madame, hélas ! que me venez−vous dire ?
Quel temps choisissez−vous ? Ah ! de grâce arrêtez.
C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.

Malheureusement Madame ! Qu'avez-vous dit ?

Quel temps choisissez-vous ? S'il vous plait ! Arrêtez.

Mon égoïsme ne mérite pas votre gentillesse.

Bérénice

 

Pour un ingrat, Seigneur ! Et le pouvez−vous être ?
Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut−être ?

Votre égoïsme, Monsieur ! Et pourriez-vous l'être ?

Donc, peut-être que ma gentillesse vous déplait ?

Titus

 

Non, Madame. Jamais, puisqu'il faut vous parler,
Mon coeur de plus de feux ne se sentit brûler.
Mais...

Non, Madame. Jamais, puisqu'il faut vous parler,

Mon cœur ne peut pas s'enflammer d'avantage.

Mais...

Bérénice

 

Achevez.

Finissez.

Titus

 

Hélas !

Malheureusement !

Bérénice

 

Parlez.

Parlez.

Titus

 

Rome... l'empire....

Rome... l'empire....

Bérénice

 

Eh bien ?

Hé bien ?

Titus

 

Sortons, Paulin ; je ne lui puis rien dire.

Sortons, Paulin, je n'arrive pas à lui parler.

 

GRIVEAU Océane

Publié dans Bérénice de Racine

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