Réécriture

Publié le par lefrancaispourlesniais

Acte III – Scène 4

 

Antiochus, Arsace

 

Antiochus

 

Ne me trompé−je point ? L'ai−je bien entendue ?
Que je me garde, moi, de paraître à sa vue ?
Je m'en garderai bien. Et ne partais−je pas,
Si Titus malgré moi n'eût arrêté mes pas ?
Sans doute il faut partir. Continuons, Arsace.
Elle croit m'affliger, sa haine me fait grâce.
Tu me voyais tantôt inquiet, égaré :
Je partais amoureux, jaloux, désespéré,
Et maintenant, Arsace, après cette défense,
Je partirai peut−être avec indifférence.

Me suis-je trompé? L'ai-je bien entendue?

Il ne faut pas que je me montre à elle ?

Je ne le ferai pas.

Même si Titus ne veut pas que je parte ?

Sans doute,il faut partir, persévérons dans notre résolution Arsace,

Elle croit m'attrister : sa haine est pour moi une faveur

Tu me voyais tout à l'heure inquiet, égaré :

Je partais amoureux,jaloux,désespéré ;

Et maintenant, Arsace ,après cette défense,

Je partirai peut être avec indifférence.

Arsace

 

Moins que jamais, Seigneur, il faut vous éloigner.

Impossible, Seigneur, il faut vous éloigner.

Antiochus

 

Moi, je demeurerai pour me voir dédaigner ?
Des froideurs de Titus je serai responsable ?
Je me verrai puni parce qu'il est coupable ?
Avec quelle injustice et quelle indignité
Elle doute à mes yeux de ma sincérité !
Titus l'aime, dit−elle, et moi je l'ai trahie.
L'ingrate ! m'accuser de cette perfidie !
Et dans quel temps encor ? dans le moment fatal
Que j'étale à ses yeux les pleurs de mon rival,
Que pour la consoler je le faisais paraître
Amoureux et constant, plus qu'il ne l'est peut−être.

Moi ! Je resterai pour me voir rejeter ?

Des malheurs de Titus je serai tenu pour responsable ?

Je me verrai puni parce qu'il est coupable ?

Avec quelle injustice et quelle indignité

Elle doute devant moi de ma sincérité !

Titus l'aime ,dit elle, et moi je l'ai trahie.

L'ingrate ! M'accuser de cette déloyauté !

Et a quel moment ? Dans le moment fatal

Où je raconte devant elle les pleurs de Titus

Et pour la consoler, je le faisais paraître

Amoureux et fidèle, plus qu'il ne l'est peut-être.

Arsace

 

Et de quel soin, Seigneur, vous allez−vous troubler ?
Laissez à ce torrent le temps de s'écouler ;
Dans huit jours, dans un mois, n'importe, il faut qu'il passe.
Demeurez seulement.

Et pourquoi,seigneur, cela vous touche ?

Laissez à ce malheur le temps de s'oublier.

Dans huit jours, dans un mois, n'importe, il faut qu'il passe.

Persistez seulement.

Antiochus

 

Non, je la quitte, Arsace.
Je sens qu'à sa douleur je pourrais compatir :
Ma gloire, mon repos, tout m'excite à partir.
Allons, et de si loin évitons la cruelle,
Que de longtemps, Arsace, on ne nous parle d'elle.
Toutefois il nous reste encore assez de jour :
Je vais dans mon palais attendre ton retour.
Va voir si sa douleur ne l'a point trop saisie,
Cours ; et partons du moins assurés de sa vie.

Non, je la quitte, Arsace.

Je sens qu'à sa douleur je pourrais compatir ;

Ma gloire, mon repos, tout me pousse à partir.

Allons , et évitons Bérénice

Qu'on ne nous parle d'elle avant longtemps, Arsace,

Toutefois il nous reste encore assez de jour :

Je vais dans mon palais attendre ton retour.

Va voir si la douleur ne l'a pas trop saisie.

Cours ; et partons nous assurer de sa vie.

 

DELABROISE Michaël

Publié dans Bérénice de Racine

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