Journal intime de Bérénice

Publié le par lefrancaispourlesniais

 

 

16 Mars 79

 

Ce matin, alors que je bavardais avec Phénice autour d'une tasse de thé, un certain Arsace, confident du roi de Comagène, vint nous interrompre et me demanda de le suivre jusqu'à chez son maître Antiochus. Je m'interrogeai dans un premier temps sur les raisons de cette convocation surprise puis je finis par promettre à son serviteur de rendre visite à Antiochus avant la fin de la journée. Suite au départ d'Arsace, je partis rejoindre Titus au palais pour le réconforter et l'accompagner pendant son deuil.

 

Autour de midi, je quittai mon cher et tendre et rentrai. Je découvris alors avec stupeur qu'Antiochus m'attendais sur le seuil de ma porte. Je le fis entrer dans ma demeure et il entama ses confidences en m'avouant son amour et son choix de s'exiler hors de Rome, ne pouvant accepter la relation que je partage avec Titus. Je fus réellement abasourdie par cette improbable nouvelle ! Antiochus, un de mes plus grands amis m'aime en secret depuis déjà cinq ans ! Il me dit ensuite que sa décision fut prise lorsqu'il appris par la cour que je me marierai d'ici peu avec l'empereur. Je tentai néanmoins de le dissuader de partir mais nous finîmes par nous disputer et nous nous quittâmes sur de brefs adieux.

 

Suite à cette étrange discussion, je demandai au serviteur de Titus un entretien avec lui. Paulin me fit entrer chez l'empereur et je l'interrogeai sur son amour et la nature de ses sentiments sans recevoir de réelles réponses. Mon propre amant ne trouvait rien d'intéressant à me dire sur notre histoire ! Il hésitait, évitait mon regard et ne m'offrait aucune réponse rassurante jusqu'à fuir la conversation en quittant la pièce ! Phénice me dit alors que Titus était juste jaloux et qu'il avait surement très peur de me perdre ce qui expliquerait sa maladresse. Rassurée, je retournai à mes activités et décidai de tirer au clair les événements du matin en rejoignant Antiochus. Décision que je regrettai immédiatement lorsque celui-ci m'apprit que Titus est résolu à cesser de m'aimer de peur que la cour lui en veuille de se marier avec une reine étrangère et qu'il soit banni du trône. Ces paroles me remplirent de rage et me refusant à croire les inepties d'Antiochus, je lui interdit de reparaître devant moi et le laisse avec Arsace. O désespoir ! Et si ses paroles n'étaient que pure vérité, et si Titus préférait sa gloire à son amour ! Cette conversation m'avait totalement perturbée au point de douter de l'empereur. Aussi, une fois rentrée, je voulus en parler avec lui seul à seul et je songeais à le rencontrer lorsqu'il fit son apparition dans ma demeure.

 

Machinalement, je m'empressai alors de l'interroger sur cette mascarade qui avait eu lieu le matin, doutant de l'honnêteté d'Antiochus. Titus hésite puis,à mon plus grand désarroi, avoue avoir confier à Antiochus la mission de m'annoncer son choix de tirer un trait sur notre histoire. Par peur de révolte et d'indignation du peuple romain à son égard, il avait décidé d'abandonner ses sentiments, de renier son amour et de laisser sa dulcinée derrière lui préférant sa gloire personnelle et son Empire ! Je fus totalement déchirée par ses aveux et...folle de rage à la fois ! Ce lâche m'avait abandonnée, apeuré à l'idée d'aimer une reine juive ! A ce moment-là, j'étais résignée à quitter Rome et l'empereur à jamais. Je lui fis mes adieux et partis.

 

En fin de journée, Titus revint me voir essayant désespérément de me dissuader de partir en vain. Puis il convoqua Antiochus pour mettre les choses au clair une bonne fois pour toute. Sur ce, le roi de Comagène prit la parole et annonça à l'empereur qu'il m'aimait en secret depuis déjà cinq ans et que, de ce fait, depuis le jour où nous nous sommes aimés pour la première fois Titus et moi, il le considérait comme son éternel rival. Ne laissant pas le temps à l'empereur d'exprimer sa stupéfaction, il poursuivit en déclarant qu'il n'accordait maintenant plus aucune importance à la vie. J'intervins alors pour conclure cette discussion en faisant promettre à Antiochus et à Titus de garder le souvenir de notre histoire commune et de ce cruel destin qui avait changé nos vies.

 

Nos dernières paroles furent de simples adieux, alors que chacun ressassait déjà les improbables événements de ces dernières heures et le terrible poids de la fatalité qui avait finalement eu raison de notre amitié et de notre amour et qui avait conclu ce chapitre de notre existence en nous séparant à jamais.



 
JARNO Quentin

Publié dans Bérénice de Racine

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